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Âgés de 16 à 19 ans, scolarisés dans un lycée professionnel, des jeunes de d’une banlieue dans les Ardennes se livrent face à la caméra d’Hélène Milano. Ils nous racontent leurs peurs, leurs espoirs, leurs relations avec les filles ou encore leurs regards sur la vie.

Les charbons ardents
© Jour2fête

« Quand tu commences dans le quartier, tu commences mal dans la vie. »

Encore un documentaire sur la banlieue me direz-vous. Et bien oui. Mais non. J’adore les documentaires. Je fonctionne par phases. Il y a des périodes où je regarde énormément de documentaires animaliers (comme beaucoup de gens je pense) et d’autres où je carbure aux documentaires de France 5 ou Arte. Heureusement que ces chaînes existent dans cette pauvreté télévisuelle que représente la TNT. Les charbons ardents m’a vraiment touché car Hélène Milano a simplement posé sa caméra et leur a posé des questions. Et ils ont répondu. Avec autant de sincérité que possible (je pense) et sans tabous. Leur regard est très pertinent et empreint parfois d’une certaine naïveté.

J’ai été impressionnée par le réalisme de ces jeunes face à leur avenir professionnel. Étudiants dans un lycée professionnel, ils se sentent dévalorisés face à leurs camarades de lycée général. Car leur filière a mauvaise réputation face à celle des « intellos ». Ils voient et entendent ce que racontent les journaux et même leurs professeurs. C’est quelque-chose que je n’ai jamais compris. Ce besoin de rabaisser cette filière. J’ai fait un lycée général, mais il n’y a rien de honteux à faire des études dans une filière professionnelle. La France a un comportement extrêmement élitiste vis-à-vis des études et du parcours professionnel. Comme si l’expérience n’avait aucune valeur si elle n’a pas été reçue dans une grande école ou dans une filière dite de prestige (Bac S notamment).

Les charbons ardents
© Jour2fête

Passionnés pour certains, pragmatiques pour d’autres, leur parcours est un choix ou une option par défaut. Ils veulent travailler mais leur avenir leur parait incertain. Comment faire le poids dans le marché très concurrentiel du travail. Pour eux, ils partent avec un handicap : ils viennent de la banlieue. Qui acceptera de faire confiance à un jeune de la cité ? Comment réussir à se démarquer ? Plombier, électricien, mécanicien. Ce sont des métiers pénibles qui les attendent. Certains de leurs parents, qui sont dans le métier, leur ont déconseillé de suivra la même voie, conscients des difficultés de l’emploi. Une chose est claire dans leur esprit. Ils veulent bien vivre. Et donc être payés en conséquence. Leurs prétentions salariales sont pour le moins… extravagante. Mais ils savent que pour bien vivre, ils vont avoir besoin d’un bon salaire.

Jeunes de banlieue, ils comprennent qu’ils sont cloisonnés. Mais c’est tout ce qu’ils connaissent depuis tout petit. Ensemble depuis l’enfance, ils voient néanmoins les groupes se réduire à mesure que des jeunes partent tenter leur chance hors des murs de la cité. Il est intéressant de noter que bien que certains des jeunes affirment refuser de partir, ils déclarent ne pas vouloir que leurs futurs enfants suivent leurs traces et vivent dans la banlieue. Car ils ressentent une très forte pression sociale. Les personnes les plus respectées et les plus craints sont celles qui sortent de prison. Celles qui en réalité créées les règles.

Les charbons ardents
© Jour2fête

Il faut absolument être comme tout le monde et se fondre dans la masse. Il y a deux règles de base. D’abord, imposer le respect. Si on te frappe, tu frappes plus fort encore. Tu ne dois jamais, sous aucun prétexte montrer le moindre signe de faiblesse, sous peine d’être perçu comme faible et d’être maltraité. Je ne sais pas comment ils y arrivent. Cette importance du paraître régit absolument toutes leurs relations. Ils font même attention à ce qu’ils se racontent entre eux parce qu’ils ont peur d’être trahi !!

« Un ami aujourd’hui peut être un ennemi demain. »

Ensuite, conserver son honneur. Si quelqu’un s’en prend à ta famille et que tu ne réagis pas, c’est que tu es faible. Ils parlent de protéger l’honneur de leur sœur et de veiller à ce qu’ « elles se comportent bien » et que les autres aient un comportent respectueux à leur égard. Ce n’est pas le travail des parents, c’est le leur. En cas de problème, ils doivent laver l’honneur de leur famille et le leur. On sait ce que cela signifie dans les pires des cas.

Un autre sujet abordé est celui de la famille, une notion extrêmement importante à leurs yeux. On parle de famille dans le sens large du terme, la leur et la future famille qu’ils souhaitent fonder. Ils se voient comme le futur pourvoyeur de la famille. J’étais sidéré par leur vision archaïque du rôle de père de famille. Celui qui prend les décisions. Celui qui satisfait aux besoins matériels. Celui qui gagne l’argent. Ils n’envisagent pas une seule seconde rester à la maison s’occuper des enfants. On comprend qu’ils définissent l’homme, la notion d’homme en opposition au rôle de la femme. Celle qui s’occupe de la maison et des enfants. Elle peut travailler mais ne doit pas gagner plus. Le père, c’est l’homme, le patriarche, le dominant. L’homme se définit à ses actions.

Les charbons ardents
© Jour2fête

« Si l’homme ne ramène pas d’argent, quel est son rôle ? »

Ce qui nous amène au sujet des filles et des relations qu’ils entretiennent avec elles. J’ai été surprise que certains jeunes se mettent à leur place et reconnaissent qu’elles vivent en effet une situation « compliquée ». Mais eux aussi se sentent pressurisés de se comportent en homme. Les filles se divisent selon eux en deux catégories, celles avec qui ils sont amis et celles avec lesquelles ils couchent. Ceux qui pour des raisons religieuses veulent rester vierge jusqu’au mariage épouseront évidemment une fille vierge.

La comparaison est bien sûre inévitable. Le garçon qui multiplie les conquêtes est un homme. La fille qui agit de même est une fille facile. On en revient au thème de l’honneur. Ils ne laisseront jamais leurs copains dragueurs toucher à leur sœur. C’est une question d’honneur selon eux. Le sexe est perçu comme un moyen de se montrer viril et de s’affirmer face aux amis en multipliant les coucheries. Mais il ne faut pas changer à cause d’une fille, c’est le meilleur moyen d’être perçu comme un faible. Tout se sait dans la cité. Tout le monde parle. Il faut donc se préserver à tout prix.

Avec Les charbons ardents, Hélène Milano donne la parole aux jeunes que l’on a l’habitude de cataloguer. Elle les interroge et ne les juge pas. Elle se contente de récolter leurs paroles. Ce sont des jeunes des Ardennes, mais ils pourraient être des jeunes d’ailleurs. En regardant ce documentaire, j’ai directement fait le lien avec IAM et leur album L’École du micro d’argent. Les chansons Petit frère et Nés sous la même étoile sont des parfaits résumés du film. Ils racontent la vie d’un jeune de banlieue qui sombre dans la délinquance et celle d’un jeune qui envie la situation de son voisin qui vit en pavillon.

« T’es dans le quartier et tu te dis : Pourquoi lui il a ça et pas moi ? »

IAM – Petit frère

IAM – Nés sous la même étoile

Bande-annonce :

Après Les Charbons ardents, découvrez Les roses noires, La haine et La vie scolaire.

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