Divorcée avec un jeune garçon, Rie fait la connaissance de Daisuke, qu’elle finit par épouser. Pendant 4 ans, le couple connait un bonheur parfait, auquel vient s’ajouter une petite fille. Mais leur vie idyllique s’arrête le jour de la mort accidentelle de Daisuke. C’est alors qu’elle découvre que son mari avait usurpé l’identité du vrai Daisuke. Qui a-t-elle vraiment épousé ?

Kei Ishikawa nous propose une œuvre qui joue brillamment autour du thème de l’identité. Avec A Man, distribué par Art House, il réalise un film très fouillé, dans lequel chacun des personnages est poussé à réfléchir sur sa propre histoire et sa propre identité après avoir découvert que le mari de Rie n’était pas celui qu’il prétendait être.

Propriétaire d’une papeterie, Rie mène une vie monotone avec son fils et sa mère depuis son divorce. Sa vie est bouleversée lorsqu’elle fait la rencontre d’un homme timide qui travaille comme bûcheron. Les deux âmes solitaires finissent par se rapprocher et se marier. Ils vont vivre une vie parfaite jusqu’à la mort accidentelle de Daisuke à son travail. Lors des funérailles, le frère de ce dernier vient présenter ses condoléances. A sa plus grande surprise, il découvre que le mort n’est pas son frère. Qui est cet homme qui a trompé son monde ?

Une enquête de longue haleine

En découvrant l’usurpation, Rie n’a qu’une seule idée en tête, découvrir la vérité. Elle fait pour cela appel aux services de l’avocat qui s’est chargé de son divorce, Akira Kido. Ce dernier se lance dans une enquête de longue haleine qui va le faire voyager dans plusieurs villes du Japon. Il va d’abord devoir découvrir qui était Daisuke Taniguchi avant de pouvoir découvrir qui était son usurpateur. Quel est le lien entre les deux ? L’homme dont l’identité a été volé est-il toujours en vie ? Où est-il ? Et pourquoi a -t-il disparu sans laisser de traces ? A Man est un film dans lequel les histoires s’entremêlent pour ne former finalement qu’une seule et même histoire.

A Man : Photo Satoshi Tsumabuki
© 2022 A Man Film Partners

Un film sur l’identité

A Man est un film qui interroge sur la notion d’identité. Pourquoi et surtout comment changer d’identité ? Et pourquoi prendre l’identité du fils d’un propriétaire de thermes, homme terne et très banal. Cette découverte choque profondément Rie, dont le mariage est remis en question. Elle a eu un enfant avec cet homme. Elle a vécu avec lui. Est-ce-que tout cela était réel ou tout n’était-il qu’une mascarade ? Son fils Kyoichi est également profondément perturbé car il a dû régulièrement changer de nom. Il a pris le nom de sa mère après son divorce, puis celui de Taniguchi et à la mort de ce dernier, il doit encore en changer car légalement, il ne peut pas porter ce nom. Le pauvre garçon souffre d’une crise d’identité. Il ne sait plus qui il est. L’avocat Akira Kido doit également affronter ses propres démons. Descendant d’immigrés sud-coréens, il est traité avec un certain mépris par ses beaux-parents, nationalistes, qui lui font très clairement comprendre qu’ils ne le considèrent pas comme un vrai japonais. Il se sent donc toujours obligé de faire ses preuves. Travailler sur cette affaire l’oblige à affronter sa propre situation. Qui est-il vraiment ?

Une mise en scène somptueuse

La mise en scène joue beaucoup sur le thème de l’identité. On s’en aperçoit dès l’affiche du film, qui reprend La reproduction interdite, le tableau de René Magritte. Il s’agit d’un homme de dos, qui fait face à un miroir qui le reflète de dos. Le tableau est également reproduit dans le film, dans une superbe scène finale. Tout au long de A Man, la crise identitaire des personnages se dévoile dans différents éléments de la mise en scène. Kei Ishikawa fait un travail formidable pour refléter ses idées dans sa cinématographie. Il filme les personnages de dos et de haut, il joue avec les ombres, il nous pousse à interpréter les silences et les regards. Le Japon possède une société très codifiée et très fermée. Les étrangers ne sont pas facilement acceptés. Les fautes ne sont pas facilement pardonnées. J’ai ainsi beaucoup aimé le fait que Kei Ishikawa mêle plusieurs thématiques difficiles au sujet principal de son film et qu’il joue avec les flashbacks pour en parler.

A Man : Photo Satoshi Tsumabuki
© 2022 A Man Film Partners

A Man est un film très ambitieux qui mérite d’être vu plusieurs afin de bien en comprendre toutes les implications. Pour la petite anecdote, si comme moi vous aimez le cinéma asiatique, vous n’avez pas pu échapper à l’actrice Sakura Andô. Hasard du calendrier, elle est en effet également à l’affiche de Godzilla Minus One et L’innocence.

Vous avez aimé le film ? Je vous conseille de regarder aussi Aristocrats, The Housewife et L’innocence.

Bande-annonce

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