Toko est une mère au foyer japonaise, épouse d’une petite fille de 6 ans et épouse d’un mari commercial. Elle passe ses journées seule, à s’occuper de la maison. Sa vie change le jour où elle tombe Kurata, son amour d’université, et reprend une vie professionnelle. D’un seul coup, elle reprend goût à la vie. Mais à quel prix ?

Yukiko Mishima réalise un très beau film centré sur une mère au foyer désespéré qui semble avoir perdu le goût de vivre mais qui le retrouve au contact d’un ancien amour. Le carcan des traditions est tellement lourd dans The Housewife qu’on peut le considérer comme un personnage à part entière. J’ai adoré ce film qui met le doigt sur un sujet de société encore d’actualité au Japon.

Une femme au foyer parfaite

Toko mène une vie toute tracée. C’est une femme au foyer. Chaque journée qui passe ressemble à la précédente : emmener et aller récupérer sa fille à l’école, faire des courses, s’occuper de la maison, accompagner ponctuellement son mari commercial à des événements divers… Elle ne dérive jamais de son programme. Jusqu’au jour où, alors qu’elle assiste à un événement avec Shin, son mari, elle tombe sur Kurata, son amour de l’université. La flamme est toujours vivace entre les deux qui retombent immédiatement dans les bras l’un de l’autre.

Kurata, architecte dans un cabinet, incite Toko a postuler un poste de designer d’intérieur, son métier avant la naissance de sa fille. D’abord hésitante, elle finit par postuler et à être embaucher. Le couple travaille côte à côte en toute innocence, mais plus le temps passe, plus Toko apprécie sa nouvelle liberté, et plus ils se rapprochent. Jusqu’à reprendre leur relation. Mais à quel prix ?

Chercher sa voie en tant que femme

Toko est une femme coincée dans son rôle de mère et d’épouse. Elle n’existe tout simplement pas en tant que femme aux yeux de son mari. Lui s’épanouit dans une vie professionnelle exaltante, avant de rentrer à la maison se faire dorloter par sa femme et sa mère. Car Shin, Toko et leur fille vivent tous ensemble chez ses parents. Elle, au contraire, végète et se morfond. Sa vie bascule avec le retour de Kurata. Enfin ! Elle retrouve un homme qui la voit vraiment pour ce qu’elle est, une femme avec des besoins et des envies. Lui veut reprendre leur relation maintenant qu’il est divorcé. Mais c’est elle qui est désormais mariée. Les deux dégagent une alchimie qui n’existe absolument pas entre Toko et son mari. Ils brûlent littéralement l’écran lorsqu’ils sont ensemble ou lorsqu’ils se regardent. Ils projettent l’image d’un couple aimant et heureux d’être tous les deux.

The Housewife: Tasuku Emoto, Kaho
© Art House

La place de la femme au Japon

The Housewife fait un excellent travail en se concentrant sur le quotidien d’une femme au foyer au sein de la société japonaise. Car c’est une société encore très psychorigide, dans laquelle les femmes ne sont pas toujours reconnues comme personne à part entière, mais plus comme un faire-valoir ou une matrice. Ainsi, lorsque Toko annonce à son mari vouloir reprendre une activité professionnelle, elle lui demande la permission. Et lui se montre tout d’abord réticent avant d’accepter. Pourquoi diable veut-elle travailler alors qu’il pourvoit à tous ses besoins et à ceux de leur fille ? Il n’arrive pas à comprendre le fait qu’être une mère et épouse n’est pas suffisant. Toko veut plus. Elle veut exister par elle-même et non plus être coincé dans ce rôle qui l’étouffe.

Au film du récit, on se rend compte que la relation entre Shin et Toko n’est pas aussi idyllique que le couple veut le faire croire. Shin oblige en effet sa femme et sa belle-mère à mentir sur leur véritable relation avec leur père et mari. Ou plutôt ex-mari. Ce dernier a en effet quitté le foyer conjugal il y a des années, abandonnant femme et enfant pour refaire sa vie avec une autre femme. Depuis leur mariage, Toko et sa mère font ainsi croire à leur belle-famille que le père travaille à l’étranger et ne peut revenir au Japon afin de rencontrer sa petite-fille. On sent que Shin a honte de la situation familiale de son épouse, au point qu’il ne peut se résoudre à avouer la vérité à ses parents. Comment peut-il faire ça ? A une femme qu’il affirme aimer ?

Shin est un homme japonais par excellence. Fils à maman, il fait la fierté de son père, le chef de famille. Mais c’est également un homme à la vision patriarcale qui considère que sa femme n’a pas à travailler. Ainsi, à un moment, il lui demande de démissionner car ses parents aimeraient bien qu’ils aient un autre enfant. Lui voudrait un fils. Encore une fois, on lui demande d’abandonner ses rêves pour devenir une matrice. La première fois, elle avait quitté son travail car ils n‘avaient pas obtenu de place en crèche. Elle est donc restée à la maison pour s’occuper de sa fille. Sera-t-elle prête à faire ce sacrifice encore une fois ? On réalise qu’elle se situe au bas de l’échelle familiale, après sa propre fille.

Femme soumise et disciplinée au sein de son couple et de la cellule familiale, Toko prend des initiatives à son travail. Elle rencontre ses collègues et peut enfin vivre sa vie. Elle se sent enfin valorisée. Et reconnue pour ses capacités. Elle s’épanouit comme une fleur au contact de Kurata. Elle est heureuse, drôle, capable. C’est une autre femme. La différence entre ses 2 vies est telle que l’on commence à s’interroger. Quelle est exactement l’état de sa relation avec Shin, son mari ? Que ressent-elle vraiment pour lui ? L’aime-t-elle toujours ?

The Housewife: Tasuku Emoto, Kaho
© Art House

Une narration originale

The Housewife est à la fois un très beau film et un excellent drame, adaptation du roman Red de Rio Shimamoto. La mise en scène est remarquable. Ainsi, la scène de début et de fin sont les mêmes, ce qui nous entraîne dans une boucle temporelle avec 2 timelines qui évoluent en parallèle jusqu’à se rejoindre dans la scène finale. D’un côté, une ligne temporelle nous explique la situation actuelle (en hiver sous la neige), et la seconde nous explique la situation passée, qui a donné lieu à cette première ligne de temps, qui semble se dérouler du printemps à l’hiver. La mise en scène est très claire et parfaitement compréhensible. L’actrice Kaho est impressionnante dans son rôle de femme aux ambitions brisées. On ne voit qu’elle. On ressent sa peine, son malaise, ses hésitations qu’elle fait passer avec ses grands yeux.

Plus le film avance, plus Toko prend son indépendance et fait ses propres choix. Ses vêtements changent, elle porte beaucoup plus de couleurs. Elle prend aussi ses distances avec sa famille, rentrant tard le soir et sortant prendre un verre avec ses collègues. Elle semble enfin avoir des amis qui ne sont pas liés à son mari ou à son statut de mère. Toko existe enfin par elle-même.

The Housewife est un drame qui nous plonge sans dans le quotidien sans concessions d’une femme qui ne cherche qu’à exister.

Bande-annonce

Si vous avez apprécié The Housewife, je vous conseille Notre petite sœur, Tel père tel fils ou Une affaire de famille.

You may also like

1 Comment

  1. Pingback: Aristocrats ou la vie rêvée d’une femme au Japon Les toiles de la culture - Les aventures d'une chercheuse d'histoires

Leave A Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *