L’histoire débute en avril 1975. Les Khmers rouges s’emparent du pouvoir au Cambodge et prennent possession de la capitale Phnom Penh. Dès le début de la révolution, Chou et son mari Khuon se retrouvent séparés de leur fils de 3 ans Sovanh. Commence alors un long combat pour le retrouver…

Funan

Le ton est donné dès les premières minutes du film, lors de la prise de pouvoir des Khmers rouges le 17 avril 1975. Tous les habitants sont jetés sur la route, ayant à peine le temps de prendre de quelques affaires. Angkar padevat, plus communément appelé Angkar ou Parti communiste du Kampuchéa, vient de prendre les rênes du pays. S’ensuit un génocide terrible : entre 1,7 et 2 millions d’habitants seront tués et près de 500 000 personnes parviendront à s’exiler.

Funan
©Bac films

Plus l’histoire avance, plus les personnages perdent de leur énergie et de leur âme. Ils deviennent plus égoïstes, comme s’ils perdaient leur humanité. La tante est prête prostituer sa fille pour de la nourriture. Chou n’hésite pas à laisser des gens mourir par esprit de revanche. Khuon devient peureux. On réalise très vite que la disparition de Sovanh et l’apparition des Khmers rouges font ressortir la part d’ombre de chacun. Peut-on vraiment les blâmer ?

« C’est atroce cette vie. Elle nous brise un par un ».

La population vit des moments très durs, travaillant sans relâche dans des camps où ils sont rééduqués à la doctrine communiste. Il leur faut abandonner leur « mode de vie corrompu par l’impérialisme américain » et embrasser la cause communiste et ses valeurs de partage. Ce discours est ironique quand on voit les gardes confisquer et se mettre dans les poches les objets de valeur des habitants. Et s’empiffrer alors que les travailleurs meurent de faim.

« Ils ne te traiteront pas mieux parce que tu t’acharnes. Ils attendent simplement que tu te tues à la tâche. »

Funan
©Bac films

Chou est la personne qui change le plus. Elle tente au départ de se plier aux règles, les travailleurs les plus assidus étant supposément récompensés, mais elle comprend rapidement que ses efforts sont vains. Si compatissante au début du film, elle se remplit de haine et de rancœur à mesure que sa séparation avec son fils s’allonge. Je l’ai détesté sur la fin, elle était vraiment antipathique. Si elle souffre, tout le monde doit souffrir. Dans une scène très dure, elle refuse de manger la nourriture fournie par un garde repentant, et elle s’attend à ce que sa famille suive son exemple. C’est comme si elle s’arrogeait le monopole de la souffrance, comme si elle parlait au nom de tous. Sa rancœur grandit. Car la seule raison pour laquelle elle survit est son fils. Qu’elle ne retrouve pas. Khuon a pour sa part conservé son humanité. Pour lui, une vie et une vie, il ne fait pas de distinction. Ce comportement va creuser un fossé avec Chou, qui ne comprend pas son attitude et ne l’accepte pas.

Funan
©Bac films

Les couleurs de Funan sont lumineuses au début, puis perdent de leur intensité au fur et à mesure du déroulement du film. A l’image des personnages qui s’étiolent. De même, l’alternance de scènes de jour et de nuit donne du rythme au film et impose une certaine temporalité. La douceur des dessins n’atténue en rien la violence des propos. Les faits sont horribles et expliqués sans concessions. Les images les plus dures sont néanmoins suggérées. Par une ombre. Par un regard. Par un geste. Par un son.

Au travers de ce film, Denis Do a souhaité rendre hommage à sa mère qui a survécu à ce triste pan de l’histoire. Il explore la complexité des relations humaines dans une situation très difficile. Peut-on vraiment juger le comportement des gens qui font de leur mieux pour survivre ? Ils sont épuisés, affamés, poussés dans leur dernier retranchement. Ils ne vivent plus, ils survivent. Et sont prêts à tout sacrifier pour continuer à vivre. L’une des scènes du film rappelle les scènes de libération de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque les habitants pourchassaient les gens accusés de collaboration. La « justice » expéditive, devient alors un exutoire à l’envie de vengeance.

« On n’a pas le choix. On doit rester. Et survivre. »

Funan
©Bac films

Funan est un film plein de sobriété, qui ne tombe pas dans le patos ou la larme facile. De bout en bout, les personnages restent dignes. Le peuple cambodgien reste digne. Contrairement à Pol Pot, l’homme derrière ce massacre, qui se suicide en résidence surveillée en 1998, pour ne pas avoir à répondre de ses crimes devant la justice.

Dans un moment plein d’émotion, Chou perçoit un souffle de vent dans son cou, qui lui rappelle les soufflets que son mari lui faisait dans le cou. Comme pour lui dire, « continue d’avancer ».

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