Poursuivons notre analyse du film Le ravissement avec des spoilers.

Une femme seule à la limite de la dépression

Dès le début du film, Lydia semble être dans un état dépressif. A cause de son travail, ses horaires sont changeants. Elle fait parfois des veilles de jour et parfois de nuit. Elle vit donc régulièrement en décalé. Après sa rupture avec son compagnon, elle passe ses journées dehors lorsqu’elle ne travaille pas car elle ne veut pas le croiser le temps qu’il déménage de leur appartement. Elle se balade dans Paris, s’installant dans le bus afin d’effectuer tout le trajet jusqu’au terminus. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Milos, un chauffeur de bus insomniaque. Ces deux âmes perdues sont faites pour s’entendre. Mais leurs attentes divergent. Lydia succombe tout de suite au charme du jeune homme, tandis que pour Milos, il ne s’agit que de l’aventure d’un soir. Il ne veut rien de sérieux. La jeune femme s’accroche pendant un temps avant de laisser tomber.

D’une obsession à une autre

Dès lors, Lydia se concentre sur son amie Salomé. A l’annonce de sa grossesse, leur relation évolue. Leurs conversations sont désormais centrées autour de ce futur enfant à naître, de même que leurs vies. C’est Lydia qui accouche Salomé. C’est Lydia qui trouve le nom du bébé. C’est Lydia qui s’occupe d’Esmée afin de permettre à sa mère de se reposer. On comprend très rapidement que l’attachement de Lydia à cet enfant n’est pas sain. Ainsi, peu après sa naissance, lorsqu’elle sort se promener avec la petite, elle ne détrompe personne quand ils présument qu’elle est sa mère. Jusqu’à ses retrouvailles fortuites avec Milos, venu rendre visite à son père hospitalisé.

Un mensonge qui devient réel

Et là, c’est le mensonge. Lorsque le jeune homme l’interroge sur le bébé qu’elle tient dans ses bras, elle ne le détrompe pas lorsqu’il pense qu’il s’agit de sa fille. Il part voir son père. Et elle le pourchasse afin de lui annoncer qu’il s’agit en réalité de sa fille, fruit de leur unique nuit passée ensemble. D’abord effrayé, il prend la fuite avant de changer d’avis quelques temps plus tard et de chercher à renouer avec Lydia pour rencontrer sa fille. Mais il veut d’abord passer un test de paternité. Et là, le mensonge se poursuit. Alors qu’elle essaye de revenir sur ses paroles, il campe sur sa position. Elle n’a donc pas d’autres choix que de mentir une nouvelle fois. Elle vole la brosse à dents du père d’Esmée et ment sur les documents qu’elle envoie. Elle les met en effet au nom de Milos, avec l’ADN du compagnon de Salomé. Lydia tombe alors dans une sphère de mensonges de laquelle elle ne parvient pas à sortir.

Elle ment à tout le monde, tout le temps, menant une double vie. On comprend qu’elle n’est plus aussi proche de Salomé, sinon cette dernière aurait trouvé suspect et bizarre le fait que son amie possède une chambre d’enfant. En effet, pour parfaire son mensonge, elle s’est endettée pour aménager une chambre d’enfant chez elle et elle donne régulièrement rendez-vous à Milos afin qu’Esmée, elle, et Milos passent du temps ensemble. Elle aime Esmée, aucun doute là-dessus. Mais n’est-elle pas aussi un moyen de s’assurer que Milos reste avec elle ? Car il n’est revenu vers elle qu’après avoir appris après l’existence de sa fille.

Perdre pied

Puis rapidement, Lydia se retrouve dépassée par ses mensonges. Milos lui fait rencontrer sa famille. Les grands-parents lui annoncent à cette occasion leur envie de passer du temps avec leur petite-fille. Du côté des vrais parents d’Esmée, ils lui annoncent leur intention de partir s’installer en Belgique, où Jonathan, le compagnon de Salomé, a trouvé un nouveau travail. A son retour de chez Milos, ces derniers sont paniqués car Lydia ne leur a donné aucun signes de vie. Elle a en effet disparu avec leur fille pendant des heures. Angoissés et en colère, ils lui expliquent que son comportement n’est pas normal et que ce n’est pas sa fille. C’est à cette occasion qu’ils lui annoncent placer leur fille à la garderie, et qu’ils n’auront donc plus besoin d’elle pour garder Esmée. D’un seul coup, Lydia est mise à l’écart de la vie de la petite fille. Ce qui remet en question sa relation avec Milos.

Comment en effet justifier auprès de celui qui se considère comme le père d’Esmée la disparition de sa fille ? Comment perpétuer le mensonge ? Comment dire la vérité ? Elle choisit de continuer de mentir quand Milos lui explique s’intéresser à elle non pas à cause d’Esmée, mais pour les émotions qu’il ressent pour elle. Elle prend alors la décision catastrophique de kidnapper Esmée et de partir en weekend en Normandie avec Milos. Ce qui a commencé comme un simple mensonge devient un crime lorsque Salomé et Jonathan portent plante pour enlèvement et séquestration.

Une femme dangereuse ?

Pour moi, Lydia est une menteuse dépassée par ses propres mensonges. Elle ment au jour le jour, s’adaptant à la situation et aux personnes. Je ne la perçois pas comme dangereuse, même si le kidnapping d’Esmée est inadmissible. Lydia est une femme qui a désespérément besoin d’être aimée. Elle s’accroche à chaque personne qui lui montre des marques d’affection. Salomé, Esmée, Milos. Mais plus Salomé s’épanouit dans sa nouvelle vie de mère et se détache un peu de Lydia, plus Lydia s’attache à Esmée et Milos. Elle veut se créer sa propre famille. Avec la fille de sa meilleure amie.

L’histoire m’a fait penser à celle de Jean-Claude Romand, cet homme qui se faisait passer pour un médecin de l’OMS auprès de tout le monde sa famille et ses amis. Plutôt que d’avouer la vérité, il a préféré assassiner sa femme, son fils, sa fille, son père et sa mère. Il va même tenter de tuer sa maitresse. Tout est bon plutôt que d’avouer la vérité, à savoir qu’il n’était pas médecin. Il vivait en empruntant de l’argent à droite et à gauche ou en promettant à ses proches de superbes investissements. C’est un homme qui s’est laissé emporter par son mensonge, jusqu’à en tuer pour le protéger. Lydia est un peu dans le même cas. Son mensonge est devenu si gros qu’elle ne sait plus comment s’en sortir. Elle décide donc de passer un dernier moment avec sa « famille » avant de contacter Salomé pour qu’elle vienne récupérer sa fille, en sachant qu’elle devra assumer les conséquences de ses actions.

Répondre de ses actions

Lydia est de ce fait condamnée à 3 ans de prison dont un avec sursis, ainsi qu’à une interdiction d’exercer en tant que sage-femme. Elle a tout perdu, un métier qu’elle adorait, sa meilleure amie qui a définitivement coupé les ponts et fait le deuil de leur amitié, sa relation avec Esmée, Milos qui doit vivre avec l’idée qu’il n’a pas d’enfant. J’ai aimé la fin, porteuse d’espoir. Alors qu’elle sort de prison, elle se rend à un arrêt de bus. Sur le trottoir d’en face l’attend Milos. Elle marche d’un côté et lui du sien, jusqu’à ce qu’il la rejoigne en silence. Il ne lui a donc pas menti. Il est bien resté avec elle pour elle.

Le ravissement est un film très dur mais également très intéressant car il montre à quel point il est facile de se laisser emporter par un mensonge. Plus les gens y croient, plus il est difficile de dire la vérité. Et ce mensonge devient alors une réalité même si l’on sait qu’il est faux. Reconnaitre que l’on a menti signifie blesser les autres et descendre dans leur estime. Une situation insupportable pour certains.

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