Hunter est la parfaite épouse avec ses tenues élégantes et sa maison impeccablement tenue. Son mari Richie, qui l’adore, est fou de joie quand il apprend qu’elle est enceinte. Mais cette grossesse ne se déroule pas comme prévue. La jeune femme est en effet prise de fringales et commence à avaler tout et n’importe quoi.

Swallow

Swallow (avaler en anglais) est un film à plusieurs couches. Plus il avance, plus on repense à ce que l’on a vu auparavant et on voit les choses d’un autre œil. Petite dissection.

Femme objet, Hunter fait la fierté de son mari qui aime l’exhiber auprès de ses amis et connaissances. Elle passe ses journées cloîtrée chez elle, dans une maison à l’architecture moderne dotée de nombreuses fenêtres, à décorer l’intérieur, s’occuper du jardin et faire la cuisine. Toujours parfaitement bien coiffée et apprêtée, son monde tourne autour de son mari et sa maison. Mais son univers parfaitement réglé déraille lorsqu’elle tombe enceinte. Son comportement change et elle se met à avaler des objets : piles, punaises, épingles à nourrice… Que se passe-t-il donc ? Et pourquoi sa belle-famille devient-elle aussi intrusive ?

Swallow film Haley Bennett
© UFO Distribution

Hunter est enfermée dans une prison de verre dont elle est prisonnière. Est-elle vraiment heureuse ? Elle se sent redevable à cet homme de bonne famille qui daigne l’aimer, elle, la jeune fille qui ne possède rien. La solitude et les émotions de la jeune fille sont soulignés par une très belle mise en scène. Le film commence avec des couleurs éclatantes pour évoluer au fil du récit et se terminer avec des couleurs plus termes. Elle ne sort que pour rendre visite à ses beaux-parents, qui ne semblent que tolérer sa présence. Avec ses tenues parfaites, elle remplit le rôle de femme-objet qu’on lui a attribué. Et c’est tout ce qu’on attend d’elle.

Mais cette mécanique parfaitement huilée est bouleversée avec l’annonce de sa grossesse. Hunter prépare la chambre du bébé mais commence à éprouver des envies bizarres. Que se passe-t-il ? Bille, punaise, porcelaine, tout lui fait envie. Encouragée par le bonheur que cette action lui procure, elle se laisse emporter par sa fringale. Elle souffre de Pica, un trouble du comportement alimentaire qui l’incite à avaler des objets divers. Néanmoins, son secret est révélé lors d’une échographie. Elle doit être opérée d’urgence, ce qui rend son mari furieux, et fait tomber les masques des membres de la famille. Que vont dire les gens ? Pour la protéger, ils lui font suivre une thérapie et sa belle-mère engage un infirmier à domicile chargé de surveiller ses faits et gestes. Elle qui était déjà prisonnière n’a désormais plus aucune échappatoire.

Swallow film Haley Bennett
© UFO Distribution

Hunter, femme transparente, prend de l’assurance à mesure que le temps passe. Elle, si bien coiffée et maquillée devient plus « négligée », prenant moins le temps de s’occuper de son apparence. Définie uniquement par ce qu’elle représente, elle s’affirme de plus en plus et prend ses distances avec cette famille qui ne l’a jamais vraiment acceptée. Sa grossesse, évènement qui devrait être un moment de joie et de rapprochement, va faire ressortir les secrets les plus sombres de chacun.

En effet, avaler ces objets lui confère un sentiment de pouvoir qu’elle ne pensait pas avoir. Elle n’est plus forcée d’obéir à son mari et sa belle-famille. Elle reprend les rênes de son existence et de son corps. Mais cette maladie est doublement dangereuse : physiquement et mentalement. Mentalement car elle fait rejaillir chez Hunter des souvenirs qu’elle a cherché à oublier. Des souvenirs qui ont influencé sa vie et vont influencer son avenir.

Dès le début de Swallow, j’ai été happée et dérangée par l’atmosphère étrange du film. En effet, on éprouve un sentiment de malaise face à cette perfection visuelle et scénique. Carlo Mirabella-Davis a fait un travail admirable pour raconter l’histoire de cette femme au passé trouble. Il alterne entre plans fixes, larges et longs et gros plans sur les objets qu’elle avale ou les visages des personnages, afin de souligner l’intensité des évènements. Puis à mesure que le récit se déroule, la caméra tremble, l’esthétique se fait moins léchée, la vie fait enfin son apparition.

Swallow film Haley Bennett
© UFO Distribution

J’ai adoré l’esthétique du film. Le réalisateur a ainsi reconnu s’être inspiré du film Suspiria (le film original de Dario Argento), pour son esthétisme, son ambiance ou encore ses couleurs. Même si Hunter passe ses journées à décorer les lieux, la maison semble impersonnelle, un peu comme si l’on se trouvait dans un magasin de meubles. La jeune femme donne l’impression de disparaître au sein de cette maison immense. Carlo Mirabella-Davis apprécie les films d’horreur, il voit donc Swallow comme un drame horrifique avec Hunter qui va passer du statut de victime à celui d’héroïne. Haley Bennett vampirise littéralement l’écran. Elle est de toute les scènes, et c’est tant mieux. Son apparence fragile cache un mental d’acier que l’on découvre au fil du film.

Swallow film Haley Bennett
© UFO Distribution

Pour son premier film, Carlo Mirabella-Davis a tapé fort. Et j’espère qu’il frappera encore plus fort par la suite.

Swallow film Carlo Mirabella-Davis

Bande-annonce

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