Alice est phytogénéticienne. Dans le cadre de son travail, elle a créé une plante qui rend heureux, une plante stérile. Mais peu à peu, Alice se rend compte que le comportement de son entourage change. Plus particulièrement celui de son fils, à qui elle a secrètement offert une plante. Est-ce vraiment le cas ? Ou est-ce une illusion de son esprit ?

Little Joe

Est-ce réel ou veut-on nous le faire croire ? Que se passe-t-il réellement ? Jessica Hausner joue-t-elle avec nos nerfs ou assistons-nous réellement à un grand changement ? Little Joe s’amuse à jouer avec nos nerfs et notre esprit.

Alice est douée. C’est une phytogénéticienne de talent qui travaille dans une société spécialisée dans la création de nouvelles espèces de plante. Mère célibataire, elle vit avec son fils. Mais très occupée, elle a parfois tendance à le négliger. Pour se faire pardonner, elle décide un jour de lui offrir sa dernière création, une magnifique fleur vermillon. Il ne s’agit pas de n’importe quelle plante : cette dernière a la capacité de rendre son propriétaire heureux à condition qu’il en prenne grand soin en l’arrosant et en lui parlant. Un véritable remède contre la dépression ! Elle a pris des risques en lui offrant cette plante qu’elle a secrètement sorti du laboratoire. Plus qu’elle ne l’imagine.

« Elle a besoin d’attention et d’affection. »

Little Joe Emily Beecham, Kit Connor
© The Coproduction Office

En effet, c’est à ce moment que le film prend tout son intérêt, lorsque Alice et son fils Joe accueillent la plante surnommée « Little Joe » au sein de leur domicile. La jeune femme, qui n’a que deux passions dans la vie, son travail et son fils, remarque graduellement un changement dans le comportement de son fils. Alors qu’elle refuse tout d’abord d’y faire attention, elle doit bientôt se faire à l’évidence, Joe est différent. Mais pourquoi ? Est-ce l’adolescence comme on lui dit ?

« On ne trouve que ce qu’on cherche. »

A son travail, la situation est également étrange. L’une de ses collègues a fait une tentative de suicide. Elle semblait en effet convaincue que quelque-chose n’allait pas au sein de l’entreprise car son chien, qu’elle amenait au travail, n’avait plus le même comportement. Tout le monde la pensait folle bien sûr. Mais à son retour, ce n’est plus la même personne. Elle semble avoir tout oublié de ses vociférations passées. Maintenant que son fils a également changé, Alice ne peut plus se voiler la face. Elle pense que la plante est dangereuse. Qu’elle cherche à se reproduire à tout prix car elle a été conçue stérile afin de maximiser les profits. Comme l’a dit un grand homme dans Jurassic Park « La vie trouve toujours un chemin ». La rendre stérile étant contre-nature, Little Joe utilise tous les moyens possibles pour se développer quand même, quitte à manipuler ceux qui respirent son parfum. La mission des personnes infectées est simple : protéger la plante à n’importe quel prix et favoriser sa propagation. Alice doit alors se décider. Que faire ?

« Lequel de tes enfants choisiras-tu ? »

Little Joe Ben Whishaw, David Wilmot, Emily Beecham, Phénix Brossard
© The Coproduction Office

La plus grande force de Little Joe réside dans son atmosphère. Pendant une partie du film, on se demande en effet si la situation est réelle ou si Alice a sombré dans la paranoïa. Ses collègues, son fils, ils semblent avoir changé. Alors pourquoi pas elle ? Et quel est le rapport avec Little Joe ? Lorsqu’elle se décide enfin à affronter la vérité, la jeune femme se retrouve bien seule. Elle comprend qu’elle a joué avec le feu dans le cadre de ses recherches. La musique est angoissante, avec parfois des sons stridents qui ajoutent au malaise. J’ai également beaucoup aimé le côté désuet des costumes qui empêchent de situer le film dans le temps. La photographie du film est tout aussi remarquable. Les cheveux roux de la jeune femme et le rouge vermillon de la plante semblent être les seules taches de couleurs dans le laboratoire aseptisé aux couleurs blafardes et glaciales. Alors que la couleur est beaucoup plus présente chez la jeune femme, ou encore dans ses vêtements.

Little Joe est un film de science-fiction et d’anticipation qui dénonce les dérives de la manipulation génétique. Les scientifiques jouent avec la nature sans se soucier des conséquences de leurs actes. Bien que l’idée de départ parte d’un bon sentiment, créer une plante qui pourrait aider à soigner la dépression et autres maladies, ils ont créé un monstre dont ils ont rapidement perdu le contrôle. Il est également très intéressant de constater que le film tourne autour de l’entreprise, du domicile d’Alice et plus tard du bureau de sa psychiatre. Seuls points importants de son existence. C’est presque un film en huis-clos.

Little Joe Emily Beecham
© The Coproduction Office

Pour conclure, Little Joe est un film qui m‘a laissé circonspecte. C’est un film que j’ai aimé mais avec réserve. Il souffre en effet de quelques longueurs et d’une certaine froideur au niveau de la réalisation qui m’ont un peu rebuté J’ai parfois eu l’impression de visionner un documentaire. Mais le scénario est original et le casting talentueux, avec comprend notamment Emily Beecham, Ben Whishaw, Kerry Fox. Ce n’est pas le premier film de Jessica Hausner (son 5ème), mais c’est celui qui lui a apporté la reconnaissance, avec 12 nominations au Festival de Cannes dont 1 Prix d’interprétation féminine remportée par Emily Beecham.

Little Joe

Bande-annonce

Si Little Joe vous a plu, je vous conseille également de regarder Jurassic Park et Phénomènes.

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