Adolescente de 14 ans, Vanessa ou V. tombe sous le charme de G., un célèbre auteur d’une cinquantaine d’années. Alors que dans son cercle familiale et littéraire personne ne semble s’offusquer de cette relation, petit à petit, Vanessa commence à se poser des questions.

Titre original : Le consentement

Auteur : Vanessa Springora

Date publication : 2020

Editeur : Grasset

Protagonistes principaux : Vanessa Springora, G. (Gabriel Matzneff)

Le consentement est un ouvrage à la fois poignant et perturbant. Vanessa Springora se met littéralement à nu, ne nous épargnant aucuns détails sur sa relation avec un homme qui a plus de 3 fois son âge. L’adolescente a bien grandi, mais son évolution mentale à été bien plus lente et parsemée de difficultés.

Tout commence par sa relation chaotique avec son père, un être aimé mais absent. Toute son adolescence, elle va la passer à courir après cet homme lointain qui n’est pas intéressé par elle. Alors quand elle rencontre G., bien plus âgé qu’elle, il sait trouver les mots pour la « séduire » et la faire tomber sous son emprise.

« Et comment pourrait-il être mauvais, puisqu’il est celui que j’aime ? Grâce à lui, je ne suis plus la petite fille qui attend son papa au restaurant. Grâce à lui j’existe enfin. »

Lire Le consentement a été difficile. Car il est impossible de comprendre qu’une mère puisse accepter la relation de sa fille adolescente avec un homme qui a l’âge d’être son père. Tout au long du livre, l’auteure nous explique qu’à l’époque des faits (années 1980), les mentalités étaient différentes. Que beaucoup d’intellectuels, notamment de gauche, considéraient ce type de relation comme acceptable. Que certains avaient même signé une pétition visant à dépénaliser les relations sexuelles entre mineurs et adultes (A propos d’un procès publié dans Le Monde). Après tout, quel mal y-a-t-il à coucher avec de très jeunes filles ou garçons ? Ils sont suffisamment matures pour comprendre ce qu’ils font ! Dans quel monde vit-on sérieusement pour accepter ce genre d’excuses ?! On parle d’un homme qui va attendre une jeune fille de quatorze ans à la sortie du collège pour ensuite se rendre à l’hôtel !!!

Délaissée et bientôt abandonnée par son père qui a refait sa vie après sa séparation avec sa mère, la jeune Vanessa vit avec une femme permissive qui semble incapable d’instituer des règles à sa fille adolescente. Quand elle apprend la relation entre les deux, elle commence par s’insurger avant d’accepter cette relation. Elle semble se résigner, face à la forte volonté de sa fille. Quelque-chose de très difficile à comprendre. Vanessa tombe ainsi sous le charme de cet homme beau parleur et intelligeant, qui la traite avec respect et lui accorde toute son attention. Tout le contraire de son père. C’est une proie facile pour un prédateur. Il est effarant de constater avec quelle facilité elle est entraînée dans cette relation des plus malsaines. A quel point cette relation est acceptée par un milieu intellectuel des plus complaisants. Car Vanessa et sa mère ont grandi dans ce milieu, parmi les intellectuels et les grands penseurs qui ne voient rien de mal à ce qu’un homme fréquente des jeunes filles. Des très jeunes filles. Des enfants pourrait-on dire. Il y a bien sûr des rumeurs. Rumeurs qui le qualifient de pédophiles et autres noms d’oiseaux. Mais lorsque G. lui affirme que c’est l’œuvre de jaloux, envieux de sa réussite et de leur relation, elle ne peut que le croire. Elle veut le croire.

Je ne connaissais pas G. (Gabriel Matzneff), dont Vanessa refuse de citer le nom, avant de lire Le consentement. Elle n’utilise que son initiale, comme pour essayer de diminuer son influence et son importance. Romancier célèbre, il a reçu plusieurs récompenses pour ses œuvres (notamment le prix Renaudot). Pourtant, cet homme n’a jamais caché son goût pour les très jeunes filles et les très très jeunes garçons (âgés d’une dizaine d’année !!!). Il fréquente ces derniers lors de ses voyages réguliers en Asie, où il peut facilement satisfaire ses envies salaces. Il raconte ensuite ses diverses aventures sexuelles dans ses ouvrages sordides, ce qui lui permet de gagner de l’argent. Vanessa découvre par la suite avec effarement être l’« héroïne » d’un de ses livres, où il raconte leur histoire avec forces détails et reproduction de leurs correspondances. Que de tels ouvrages aient pu être publiés dépassent l’entendement. Et pose encore une fois la question de l’œuvre et de l’artiste. Car G. a toujours été clair sur le fait qu’il s’agit de faits réels, de journaux intimes qui racontent ses exploits pédophiles. Que l’on apprécie son style d’écriture et la qualité de son travail est une chose, que l’on ne trouve rien à redire au contenu de ses livres en est une autre. De mon point de vue c’est inacceptable. On ne peut pas tout accepter simplement car il s’agit d’un grand auteur.

« […] quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond. »

Pendant des années après avoir mis fin à sa relation avec G., Vanessa va en porter le poids de la culpabilité. Culpabilité d’avoir succombé à ses avances. De s’être laissée aller à aimer un homme incapable d’aimer. Sa vie d’adulte sera influencée par leur relation passée, entre incapacité à nouer une relation avec un homme et peur de faire confiance. Il lui faudra des années de thérapie avant de pouvoir utiliser le terme de « prédateur sexuel ». Alors qu’elle tente de prendre ses distances avec G., elle raconte que celui-ci n’accepte pas leur rupture. Ou plutôt n’accepte pas qu’elle ait eu le courage de mettre un terme à leur relation. Le livre qu’il a écrit sur eux sonne donc comme une vengeance, une tentative d’inscrire leur histoire dans le temps et d’en rythmer leur dynamique. Afin de tenter de reprendre le contrôle qu’il a perdu. Il refuse catégoriquement d’admettre qu’il a fait quelque-chose de mal. Avoir des relations sexuelles avec une mineure n’est pas tabou selon lui. Bien au contraire, c’est quelque-chose de très beau et pur à l’écouter. Jamais il ne s’excusera pour ses méfaits, car pour lui, il n’y a rien à pardonner.

« J’aurai quatorze ans pour la vie. C’est écrit. »

Nous parlons d’un homme qui fait l’apologie de la pédophilie en se posant en maitre à penser pour ses victimes. Car c’est exactement ce qu’elles sont, des victimes aux prises avec un prédateur surentraîné, ayant des années d’expérience derrière lui. Soutenu par toute une profession et même par des politiques, il est virtuellement intouchable. Sa chute viendra du développement du mouvement #MeToo et de la libération de la parole des victimes qui n’ont plus peur de parler et de dénoncer leurs agresseurs. Vanessa Springora, qui travaille désormais dans l’édition, a pour sa part pris la plume pour raconter son histoire. Femme de lettres qui travaille dans l’édition, elle a repris le contrôle de la narration de son histoire.  Afin de dire, c’est assez !

« Parce qu’écrire, c’était redéfinir le sujet de ma propre histoire. »

Le titre Le consentement pose les bases du problème. Comment peut-on parler de consentement quand on parle de jeunes adultes qui n’ont ni la maturité ni le recul nécessaire pour appréhender complètement la situation dans laquelle ils se trouvent ? Vanessa était-elle réellement consentante dans cette relation ? A l’époque, pour elle, c’était évident. Avec le recul des années, avec l’aide de thérapies, elle remet toute sa vie en question. Elle déroule le fil de son existence et s’interroge. Car elle n’a vécu une adolescence normale : elle avait une relation avec un homme d’une cinquantaine d’année alors qu’elle n’en avait que 15. Rencontres furtives à l’hôtel, sorties officielles sur les plateaux télé. Personne n’a jamais réellement tenté de mettre un terme à cette relation pourtant connue de tous. La complaisance des milieux intellectuels est des plus abjectes.

« La littérature excuse-t-elle tout ? »

Le consentement est un ouvrage et un témoignage qui dénonce les dérives pédophiles d’un homme protégé de tous qui n’a jamais caché son attirance pour les très jeunes gens. Entre dégoût et incrédulité, Le consentement est l’œuvre d’une femme qui ne veut plus être une victime. Elle se libère enfin de son emprise.

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